Néferousobek, la première pharaonne d’Égypte

Salut l’internet de France, de Navarre et d’Égypte, et de partout ailleurs. Petite nouveauté pour vous, mais aussi pour moi. C’est vrai Dagobert, François Ier et Louis XVI, je les connais les animaux, mais aujourd’hui, je m’attaque à l’histoire d’Égypte. Et c’est une grande découverte. Genre, j’ai tout à apprendre, les périodes (Ancien Empire ? Moyen Empire ? Keskecé ?), les us et coutumes (je sais qu’ils buvaient beaucoup de vin et de bière il y a déjà bien longtemps et que les femmes utilisaient le cuivre comme contraceptif), les personnages importants (Cléopâtre ?). Ma culture est franchement maigre, mais on va travailler tout ça ensemble en commençant par Néferousobek ou Sevek-Nephrou (c’est une meuf) dont on ne sait pratiquement rien.

Contexte politique

Le Moyen Empire est l’une des périodes les plus prospères de l’histoire de l’Égypte. Juste avant c’était l’Ancien Empire, et c’était un peu le bordel. Beaucoup de pillages, de révoltes et de mécontentements. Le pays est divisé en deux, au nord, la région d’Hérakléopolis avec on sait pas trop qui au pouvoir, et le sud, où règnent les princes de Thèbes.

Aux alentours de 2500 avant notre ère, au Moyen Empire, les princes de Thèbes ont réussi le miracle de réunifier l’ensemble de la Basse Vallée du Nil sous leur autorité. 

Les souverains de la XIème dynastie sont parvenus à restaurer et maintenir l’autorité monarchique en instaurant un pharaon bâtisseur construisant de nombreux bâtiments en faveur des dieux (c’est important pour obtenir la confiance du peuple).

Les souverains de la XIIème dynastie entre 2000 et 1800 avant notre ère ont connu une grande stabilité, dans la continuité de la Xième dynastie. En deux cents ans, il y a eu seulement huit rois. Faut dire que quatre d’entre eux ont régné plus de trente ans. C’est beaucoup. Tu te vois toi, être roi dans un désert ? L’angoisse. Le dernier des pharaons de cette dynastie est Amenemhat III (Maä-kherou-Rê), il a fait bâtir les deux dernières pyramides monumentales d’Égypte, celle sur les sites de Dahchour et d’Haouara. Le mec, en plus de construire, il était super open sur le selfie, du coup, il a laissé des dizaines de portraits et statuettes à son effigie qu’on retrouve aujourd’hui dans différents musées, dont le Louvre.

Le mec il a régné 46 ans, du coup, son fils est déjà vieux lorsqu’il lui succède et on peut dire qu’il ne sert à rien. Amenemhat IV termine deux/trois bâtiments puis décède après seulement neuf ans de règne.

Première femme pharaonne

À la mort d’Amenemhat IV, pour la première fois de l’histoire de l’Égypte réunifiée, une femme devient pharaonne avec une titulature royale complète. Elle a tous les pouvoirs, comme ses prédécesseurs mâles. La classe.

Néferousobek, qui signifie « La beauté de Sobek » (Sobek c’est le dieu de la fertilité et de l’eau) serait la fille de Amenemhat III  (instagram) et la demi-sœur de IV. Il semblerait d’ailleurs qu’ils aient été mariés. Visiblement, ça ne pose pas de problème de se marier entre frère et sœur. Les dieux égyptiens sont beaucoup moins regardants que le dieu unique visiblement.

Quatre statues à son nom ont été découvertes sur le site de Khatana/Quantir, on la retrouve en Sphinx, agenouillée sur un piédestal, assise ou encore vêtue d’une robe fourreau (et non du traditionnel habit des rois, le pagne-shendjyt) avec à ses pieds, les noms des neufs peuples ennemis de l’Égypte que la pharaonne a foulé !

Enfin, au Musée du Louvre on dispose d’un torse de la reine identifiable grâce à son cartouche gravé sur sa boucle de ceinture ? Elle porte le némès, la coiffure royale constituée d’une étoffe pliée sur la tête et rabattue de face des deux cotés du visage, tu peux essayer de le faire chez toi et m’envoyer la photo. La Reine porte également le pagne de cérémonie des rois ainsi qu’une robe plissée visant à cacher sa poitrine (bin ouais, faut adapter les symboles et traditions masculins à la femme).

La beauté de Sobek va régner trois ans, dix mois et vingt-quatre jours.

Le règne de Néferousobek sous la XIIème dynastie

Si la prise de pouvoir par la Beauté de Sobek est floue, il faut savoir que tout le reste du règne l’est aussi. On pense que si elle est elle devenue pharaonne, c’est grâce à ses liens étroits avec son père et son frère (avec qui elle couche, puisque c’est aussi son mari). On a retrouvé (quand je dis « on » faut pas m’inclure, j’ai jamais mis les pieds en Égypte et je suis pas archéologue) des monuments construits sous ses ordres, mais pour son père, mort. Elle devait bien l’aimer, ou en tout cas, elle n’était pas ingrate.

Il semblerait qu’il n’existait pas d’héritier légitime, Amenemhat IV n’avait eu des enfants qu’avec ses maîtresses, et pour être sûr qu’ils ne demandent pas une part du gâteau, c’est possible qu’on les ait donnés aux crocodiles.

Les personnes les moins sympa, peut-être les plus sexistes, ou encore les plus justes, je ne sais pas, estiment que c’est à partir du règne de Néferousobek que l’Égypte a perdu son prestige militaire et commercial. Sous la XIIème dynastie, les rois organisaient presque annuellement des expéditions minières au Sinaï pour extraire du cuivre et de la turquoise, mais aussi des expéditions dans la région du Bab el-Mandeb (Yémen-Ethiopie) pour rapporter de l’encens et des fruits exotiques. Sous Néferousobek, rien. Pas de turquoise, pas de cuivre, pas d’encens, pas de fruit.

Que penser ? Je sais pas, elle a peut-être vraiment été une mauvaise souveraine. D’autant que comme son frère-époux, elle n’a pas fait grand-chose, si ce n’est terminer les ambitions architecturales de son père. D’ailleurs, on ne sait même pas où elle a construit son propre bâtiment funéraire. Peut être à Mazghouna, à quelques kilomètres de la pyramide noire de Amenemhat III. Il s’agit d’une copie conforme des appartements funéraires de son père, situés à Haouara. Encore, il existe une piste sur un appartement à Fayoum, le nom du site et de la pharaonne apparaissent dans une lettre, mais le document est très lacunaire.


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  • En savoir plus :
    • P. Tallet, Sésotris III et la fin de la XIIème dynastie, Paris, 2005
    • P. Tallet, 12 reines d’Égypte qui ont changé l’Histoire, Paris, 2013.
    • C. Freeman, l’Héritage de l’ancienne Égypte
    • O. Cavalier, Fastueuse Egypte, 2011 [bouquin paru à l’occasion des 200 ans du musée Calvet à Avignon. C’est une petite merveille]
  • En lire plus sur le sujet :
  • On remercie Yentl Line pour les illustrations et on va faire un tour sur sa page Facebook.

 

 

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8 thoughts on “Néferousobek, la première pharaonne d’Égypte

  1. Le mariage consanguin en Egypte avait effectivement quelque chose à voir avec les dieux : les pharaons et souverains étant des incarnations des dieux, les mariages consanguins permettaient de garder le sang pur et divin de la lignée. Voilà, voilà…

      • Oui tout à fait. Quand on voit que leurs dieux se mariaient déjà entre frères et soeurs Osiris – Isis), il faut croire que leurs prêtres n’ont pas eu le coeur a empêcher la populace de faire de même haha. (par contre je ne crois pas avoir lu de cas de Grecs se mariant entre frères et soeurs malgré Héra et Zeus par exemple).

        Très bon article en tout cas!

        • Ah l’histoire d’Isis qui part à la recherche des morceaux de son mari / frère Osiris m’a traumatisé. Faut dire que le truc qui lui manquait à la fin était le principal !

  2. visiblement, à l’époque, les mariages consanguins ne posaient pas problème à grand-monde, il suffit de regarder dans la Genèse: entre Abraham qui était marié à sa demi-soeur Sara, Isaac qui a épousé la fille d’un de ses cousins, et Jacob qui a épousé les deux nièces de sa mère, les hébreux aussi étaient bien servi.

  3. Attention, le terme « pharaon » vient de Per aâ (le Grand Palais) est utilisé la première fois par Nefertiti, fille suppoée d’Amenhotep III (problème de régence toussa) à l’époque arménienne d’après Akhenaton. Le mot est utilisé pour désigner la reine qui gouverne dans l’ombre de Toutankhamon (qui en plus n’est même pas son fils mais celui d’Akhenton et sa sœur, le bordel), faisait parti de cette « maison royale ». Il ne peut pas y avoir deux roi, on adopte donc un second titre pour la pseudo régente et c’est ce titre que l’on retiendra chez les égyptiens.
    Sobeknéférourê première reine oui, mais pas pharaonne.

    PS : Il faut que j’imprime cet Amenmhat pour foutre sur mon classeur d’Egypto, merci encore^^

  4. Après quatre (dures) années d’études d’Histoire, il faut bien le dire, je suis une lacune humaine de l’Histoire égyptienne. Merci pour cet article Marine *.*

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