Maquillage, l’histoire de l’interdiction au diktat

Aujourd’hui, on parle rouge à lèvres, fond de teint et khôl. Le maquillage fait partie de notre environnement. Les femmes (surtout)(mais pas uniquement) se maquillent tous les jours. Ou presque. En fait, 86% des françaises se maquillent au moins une fois par semaine. Et ce n’est pas récent ! Les premières traces de maquillage apparaissent en 500 000 avant notre ère. On a retrouvé des pinceaux et des petits récipients contenant de la poudre d’ocre et de cendre. Le fait de se colorer le corps permettait aux hommes et femmes préhistoriques de se protéger du soleil et des insectes mais aussi de se démarquer les un-e-s des autres et créer une hiérarchie entre les membres d’une même tribu. Accro au mascara ou partisane du naturel, découvre l’histoire du maquillage !

Le maquillage avant notre ère

L’Egypte antique

Les Égyptiens, hommes et femmes, prennent grand soin de leurs corps et de leur image. Surtout les personnes qui ont du fric, on l’admet. On l’a vu dans les articles sur l’épilation et les perruques, il faut que tout soit parfait. Pas un poil qui dépasse, sinon c’est sale et impur. Du coup, il n’y a rien de tel que le maquillage pour camoufler les imperfections du visage. Dans un premier temps en Égypte, durant l’Ancien Empire (env. 3000 ans avant notre ère), on utilise des poudres à base de farine de gypse parfumée à la myrrhe ou à l’oliban. Selon le type de peau, on ajoute un peu de pigment rouge afin de donner un peu d’éclat, ou de l’ocre jaune pour éclaircir le teint. Mille ans plus tard, les choses vont évoluer ! L’œil est désormais entouré d’un fard noir : le khôl.

mesdemet

On appelle aussi le khôl, la « mesdemet » qui signifie « qui rend les yeux parlants ». Le khôl est fabriqué à base de galène dont les mines sont nombreuses (et riches) en Égypte, notamment à Gabel Zeit. Non seulement le khôl souligne la profondeur des yeux mais en plus (et surtout) l’application de ce corps gras permet de maintenir une irritation continue des glandes lacrymales. En gros, ça fait chialer les yeux et ça permet d’éviter les ophtalmies du désert. D’autre part, les sourcils sont allongés et noircis, tout comme les cils. Les joues sont un peu rosies et les ongles des pieds et des mains sont passés au henné.

Astuce, on utilise l’huile aromatique de graines de fenugrec pour faire disparaître les taches de rousseur et rendre le teint parfait. C’est un peu la BB cream du millénaire avant notre ère.

Enfin, pour ressembler aux Egyptiennes, du célèbre papyrus érotique de Turin, voici une petite recette de rouge à lèvres. Mais ça nécessite d’avoir des esclaves, et c’est interdit. Alors débrouillez-vous par vous-même !

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Pour un rouge à lèvre égyptien, il vous faut

  • de la cire d’abeille

  • un colorant rouge composé de minium, hématite et cinabre

Tu mélanges et afin d’avoir une consistance parfaite, il faut mâcher le tout. La bave et le fait de broyer avec les dents ben, ça marche. On faisait faire ça aux esclaves mais tu peux aussi bien demander à ton fils ou ton lapin de le faire.

La Grèce antique

Pour les Grecs, le maquillage c’est compliqué et il est important de diviser cette époque en trois périodes.

* Entre le XIIe et le VIIIe avant notre ère, le maquillage est tout simplement interdit. Eh oui. On pratique les soins du corps, on prend des bains, on se soigne mais le maquillage n’est pas bien vu. Il casse la nature et l’harmonie entre les parties du corps. Ceci-étant, le maquillage existe quand même, on se poudre de céruse de plomb pour avoir la peau claire. On s’écrase des mûres (ou de la chair de figue) sur les joues pour relever le teint. Les paupières peuvent être colorées au safran ou à la cendre et les cils et sourcils sont noircis. D’ailleurs les sourcils sont aussi réunis genre Emmanuel Chain. C’est à la mode.

* Au Ve et IVe siècle avant notre ère, la femme doit être pâle et certainement pas fardée. Ce n’est pas particulièrement interdit mais c’est pas apprécié. En fait, ce sont les courtisanes qui se maquillent, celles qui veulent attirer le regard des hommes. Le maquillage est perçu comme trompeur, c’est un mensonge à la beauté. Aristophane a employé le terme « kataplattein » pour parler de maquillage excessif. Genre c’est super épais, comme un emplâtre. Ça a finalement donné le terme « cataplasme ».

A partir du IIIe siècle avant notre ère, on se détend un peu sur le maquillage. C’est bien plus toléré. Les joues sont rosies à l’aide de rizion (une racine) que l’on fait macérer dans du vinaigre et de la garance avant de l’appliquer sur la peau. Les yeux sont noircis au khôl et à l’encens. En Grèce l’homme ne se maquille pas.

La Rome antique

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Le maquillage n’est pas toujours bien vu à Rome mais rien ne l’interdit. Y’a juste Tertullien, un écrivain chrétien qui estime qu’il s’agit d’un péché d’orgueil. La femme en se maquillant « refait la création de Dieu en espérant faire mieux que lui ». Bon, le mec s’emballe un peu mais toutefois, on conseille « que le maquillage embellisse sans masquer ». Faut y aller doucement quoi… On raconte à propos de Messaline que « les trois quarts de ses charmes se trouvent dans des boites, sa table de toilette est composée d’une centaine de mensonges et ses cheveux ont tant d’éclat qu’ils vont rougir jusqu’aux rives du Rhin »… Enfin, je vous donne une recette de maquillage et produits de beauté de Poppée, dans le tome 1 de Raconte-moi l’Histoire !

Maquillage et religion au Moyen-Age

Au Moyen-Age, la mode est au teint clair. C’est vrai, le bronzage c’est pour les pécores, ceux qui passent leur temps dans les champs ou les vignes. La femme, tout particulièrement, doit avoir le teint blanc. Voire paraître malade : Selon le médecin Jean Liébault, il est important de « recréer et rejouyre l’homme fatigué et lassé ». Et il donne des recettes pour garder le teint clair. A base de lard, et puis une autre… Ça ne fait pas rêver mais enfin, les goûts et les couleurs… Avec le temps, ça change un peu. Déjà, on commence à interdire les saignées sur le visage. Parce que ça donne le teint livide souhaité, certes, mais ça affaiblit vraiment les meufs…

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Au XIVe, Jacques de la Marche autorise le maquillage mais seulement pour les femmes laides… Et je serai tentée de dire qu’on en a rien a cirer de son avis, mais il se trouve que la politique de l’Église catholique est précisément celle-ci : le maquillage est l’œuvre du diable. Alors au Moyen Age, on se maquille peu mais on utilise beaucoup de produits de beauté. Genre le lait caillé fait partir les boutons, le jus de concombre efface les taches de rousseur… On fait même du dentifrice et des colorations capillaires à base de pipi.

 

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A la même époque, mais ailleurs : Sous les Tang, dynastie entre le VI et le IXe siècle, les chinoises usent et abusent du maquillage. Elles ont les joues très roses et des lèvres colorées au rouge. Elles se rasent également les sourcils et les redessinent plus haut sur le front. On juge pas mais c’est chelou (même si le XXIe siècle a fait pire) !

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 La Renaissance du plomb

Il n’est pas rare de voir Catherine de Médicis représentée avec le teint bien blanc. En effet, à partir de la fin du XVe siècle, on se farde le visage et la poitrine. Sans oublier le cou, c’est important le raccord. Les hommes aussi se poudrent le visage. Le problème c’est que cette poudre blanche, la céruse de plomb, mais aussi le minium, le vermillon, le cinabre, bin c’est d’origine métallique et ça abîme la peau et ça fait tomber les dents…

Là encore, l’Église est contre le maquillage, mais doucement, on s’émancipe de l’avis de la religion, et même le petit peuple, qui n’a pas accès au maquillage cher, tente de se blanchir la peau avec de l’eau de pois chiche et des racines de lys. Ou encore avec de l’amidon écrasé (c’est pas cher du tout), de l’alun broyé ou du talc. Pour rehausser le blanc du teint, évidemment on applique du rouge aux joues. Il suffit d’écraser de la cochenille, de l’orcanette ou encore d’utiliser du bois de santal, du safran ou curcuma !

La mise en valeur autorisée de l’Ancien-Régime

Ça y est, les meufs font ce qu’elles veulent… Enfin, presque. Le maquillage est peu conseillé aux veuves et aux vieilles. C’est comme ça, c’est tout. Et il y a quand même des règles à respecter hein. Puis, faut pas abuser ni de maquillage ni du temps pour se préparer, sinon ça emmerde les hommes. Bosc écrit en 1646 que « le soin et le temps qu’on emploie pour se parer est blâmable lorsqu’il est extrême (…) mais hors cet abus, je ne crois pas qu’il y ait plus de péril à embellir des visages qu’à enchasser des pierreries ou à polir des marbres. » Et puis, les hommes aussi se maquillent. Ils se fardent. Beaucoup. La mode est à la peau claire, alors les hommes sont blancs comme des cadavres et les meufs se promènent avec des ombrelles et des mouches.

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Le saviez-vous ? Les mouches portent des noms différents selon où on les situe sur le visage : « majestueuse » sur le front, « galante » sur la joue, « baiseuse » ou « coquette » près de la bouche, « voleuse » lorsqu’elle cache un bouton…

Au milieu du XVIIIe siècle, on joue sur le rouge des joues et on ne porte rien sur les lèvres, faut dire qu’on tente de cacher les dents pétées, tombées ou noires dues à la surconsommation de sucre. Avec l’arrivée de Marie- Antoinette, la mode du fard va s’estomper car elle préfère garder un teint naturel, alors la cour va suivre la mode et ça va durer car Napoléon dira à sa meuf, Joséphine « mettez du rouge Madame, vous avez l’air d’un cadavre ! ». Qu’est ce qu’il est aimable celui-là…

Le maquillage aux XIXe et XXe siècles

Joséphine n’a rien inventé… la mode à partir de 1830 est de paraître malade. On se farde en jaune clair, ou verdâtre. On se dessine des cernes. Ça va durer environ deux décennies et puis on trouve un maquillage de meilleure qualité. Des teintes claires, du rouge aux joues, des yeux noircis mais trankil. Bourjois lance en 1881 les premiers fards secs et c’est une révolution ! Avec les progrès de la chimie (et la pétrochimie) on fait du maquillage coolos et des packagings engageants. Les femmes veulent se maquiller car c’est vraiment cool (alors que les hommes arrêtent complètement de le faire). Le problème c’est que les composants sont vraiment merdiques.

Alors à partir de 1890, la folie du maquillage retombe, on lâche la céruse et les rouges qui font perdre les dents. Il faut attendre 1906 pour que de nombreux produits soient contrôlés et finalement interdits (en 1913) comme la céruse. Au début du XXe siècle, c’est aussi le moment où les instituts de beauté apparaissent et la mode est d’avoir le teint halé (mais pas trop), des cils longs (premier mascara par Maybeline en 1913) et des ongles vernis (premier vernis à ongles Revlon Red en 1932). Et bien sûr, des joues roses sont un signe de bonne santé. Le maquillage a une belle image mais il faut attendre véritablement le XXIe siècle pour commencer à chasser les produits mauvais pour la santé. Et encore, ce n’est pas la majorité et on a encore un grand nettoyage à faire à ce propos… Notamment en ce qui concerne la composition et les tests sur les animaux…

Pour en savoir plus, je te conseille ce livre, il est beau et bien fait ! Mais aussi celui-ci et je vais bientôt lire ce dernier, et cet article sur la céruse qui est cool.

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2 thoughts on “Maquillage, l’histoire de l’interdiction au diktat

  1. Pingback: Corps féminin et transformations iatrogènes | Pearltrees

  2. Bonjour, j’ai bien aimé votre article, mais je trouve dommage qu’il n’y ait pas de référence à « l’Éloge du maquillage », de Charles Baudelaire, qui aurait contribué à l’illustration du passage sur le 19ème siècle.
    Bonne continuation
    Au plaisir de lire vos anecdotes.

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