La fistule anale de Louis XIV ou l’histoire d’une opération

Il y a quelques temps déjà, je vous parlais de la fistule périnéale de François Ier. Mais je dois vous faire une confession, ce n’est pas mon abcès préféré. Eh non, en tête de mon classement des fistules on trouve celle de Louis XIV. Pas tellement parce que c’est élégant et glamour, plutôt parce que ça a fait grand bruit dans le royaume de France, genre toutes les cours d’Europe ont célébré le succès de l’opération par Charles-François Félix en 1686.

Voici l’histoire de la fistule anale la plus célèbre du monde.

L’histoire de la fistule

(vraiment chelou cet article)

Clystère

Grosso modo, la fistule est un abcès lié à une infection qui crée une formation anormale entre deux organes. Et une fistule anale comme celle de Louis XIV est un abcès au cul, soit une connexion entre une glande anale et le rectum. Tout simplement. Au XVIIe siècle, les fistules sont courantes dans les hautes castes de la société pour la simple et bonne raison que l’on pratique le lavement anal avec un clystère en métal. Sauf que le métal, on ne le stérilise pas (il faut attendre le XIXe siècle). Du coup, ça abîme les chairs et puis ça pourrit. La pratique de l’équitation ne vient pas arranger les choses. Les frottements réguliers empêchent la cicatrisation et ainsi accentuent l’infection. Bref, ça pue bien du cul. Et ça fait mal.

Pour soigner les fistules, on pratique une méthode d’Hippocrate, on incise avec un fil métallique. Mais vu qu’on comprend un peu rien en médecine et en chirurgie, cette opération entraîne presque à chaque fois des hémorragies mortelles. Alors tu n’as plus de fistule mais tu n’as plus de sang dans le corps non plus.

La fistule de Louis XIV

C’est en 1686 que la fistule de Louis XIV fait son apparition. Le roi a 48 ans et on préfère annoncer à l’entourage une « tumeur à la cuisse », en réalité, son médecin note «une petite tumeur devers le périné, à côté du raphé, deux travers de doigts de l’anus, assez profonde, peu sensible au toucher, sans douleurs, ni rougeurs, ni pulsations». Rien d’alarmant. Mais au fil des semaine, le roi a vraiment mal, il ne peut plus monter à cheval tant la douleur l’handicape et il oblige alors ses serviteurs à leur transporter à travers le parc sur une « chaise à porteur ».

Chaise

A 48 ans, ça fait un peu loser. Alors que le royaume pense à une tumeur à la cuisse, les médecins et chirurgiens vont vendre la mèche. Les deux clans se mènent une guerre sans merci et vont dévoiler le secret du roi. D’un coté, il y a les médecins. On leur fait une confiance aveugle. On estime à l’époque qu’ils ont toute la connaissance théorique. Et c’est vrai. Mais en pratique, les chirurgiens peuvent être meilleurs mais ils sont perçus comme des bouchers. A la tête des médecins, on retrouve Antoine Daquin, il propose de soigner le roi avec des emplâtres et des cataplasmes.on propose également des injections d’eau de Barèges et les mecs veulent envoyer Louis XIV dans les Pyrénées pour une petite cure thermale. D’autre part, il y a les chirurgiens avec Charles-François Félix. Lui, il s’oppose clairement au voyage du roi à travers le pays. Il fait trop chaud, c’est trop loin. Alors se payer des semaines de carriole avec une douleur au cul, ça paraît beaucoup à surmonter. Le chirurgien préconise plutôt une petite opération. Pas grand chose, c’est douloureux mais ça ne dure que quelques minutes. Le roi se laisse tenter par l’opération.

Les entraînements de Félix

Bistouri!

Si le chirurgien Charles-François Félix provoque une hémorragie et tue le roi, c’est bien simple, on le tue. Oui. Le mec, il ne joue pas seulement sa carrière, il joue sa vie. Alors c’est avec les couilles bien accrochées qu’il décide de s’entraîner sur différentes personnes avant de s’attaque à la fistule de Louis XIV. Il se rend à l’hospice de Versailles où des mecs, des pécores, des inconnus sans le sou se font promettre guérison gratuitement. Ça se tente… Quelques jours après leur arrivée, à l’aube, on les enterre dans une fosse commune, sans prévenir qui que ce soit. Imagine ça vient aux oreilles du roi, il ne va plus vouloir se faire charcuter alors que tout le monde crève en se vidant de sang. Et on le comprend bien. Au fil des semaine, Charles-François Félix s’améliore et améliore ses instruments. Plus précis. Il fabrique ainsi un bistouri recourbé avec au bout un stylet tranchant que d’un coté.Avant Félix, le stylet était tranchant des deux cotés et du coup, quand il le foutait dans l’anus des gens, ça découpait un peu tout, genre boucherie. Avec le nouveau bistouri « recourbé à la royale », c’est moins douloureux et aussi, il y a moins de morts #astuce.

L’opération secrète du roi

Opération

Pendant des mois, Charles-François Félix se prépare, peaufine, améliore sa technique et le 18 novembre 1686 dès 7H du matin, dans le plus grand des secrets, le chirurgien opère le roi, dans sa chambre. Vautré sur le lit, les fesses en l’air, le roi tient la main de Madame de Maintenon pendant que les médecins surveillent que tout se passe bien. Et sans doute, espèrent que ça foire un peu. Pour leur fierté. Il est possible de lire toute l’histoire de l’opération dans le Journal de santé du Roi (1647-1711). L’opération dure 3h, sans anesthésie. C’est moche. C’est moche mais c’est réussi. Enfin, en partie. Il faudra que Félix revienne ouvrir deux fois, mais jamais le roi n’en est mort alors c’est plutôt pas mal.

Et après ?

Non seulement Louis XIV n’a plus mal au cul, mais en plus le chirurgien Charles-François Félix est couronné de succès. Et il va recevoir un petit pactole directement pioché dans le trésor public. Bin quoi. Certains se paient des coiffeurs à 9000 boules par mois hein. C’est une vraie fiesta dans le royaume et tout particulièrement à Versailles où l’on organise de nombreuses festivités.

On remercie Adrien Jeannerod pour les illustrations qui sont superbes !

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5 thoughts on “La fistule anale de Louis XIV ou l’histoire d’une opération

  1. Une fistule au c… pendant des mois et une opération de 3 h alors qu’elle ne devait durer que quelques minutes, des instruments chirurgicaux ressemblant plus à des objets de torture… Qu’il est bon de vivre au XXIe siècle !

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