L’histoire du décolleté, enfin une bonne raison de montrer des nichons

Le décolleté au fil des siècles

Aujourd’hui je cause vêtements, je cause cols, en V, arrondi, triangle ou plat et je parle aussi de la poitrine. Tantôt à l’air, tantôt bien cachée. On ne peut pas parler de nichons sans parler de pudeur et de… morale « ouhh, mon Dieu, ce décolleté est un appel à la débauche  ! »… Voici l’histoire du décolleté.
Tous les liens en vert sont des illustrations coolos avec des tétons et tout.

 L’Antiquité

Avant notre ère, on a l’habitude de représenter les meufs seins nus, ça ne pose pas de problème, d’ailleurs les femmes portaient souvent des robes transparentes et assez échancrées.

En Égypte, il arrive que les robes commencent au dessous de la poitrine, ou qu’elles ne cachent qu’un sein. Des bandes passent parfois entre la poitrine pour tenir la jupe, ce qui laisse complètement les seins libres et nus (<– la preuve en image). Il existe également des robes avec des jolis cols ne laissant rien entrevoir, surtout à partir du Nouvel Empire (entre le XVIème et le XIème siècle avant notre ère). D’autres, les esclaves, ne portent que des colliers et des ceintures de perles, alors pour ce qui est de la pudeur, il faut attendre quelques siècles.

A Rome et en Grèce, c’est la même chose, enfin, pas pour les colliers de perles. Les femmes sont très souvent représentées les nichons à l’air, ou alors simplement voilées.

 Le Moyen Age

Pendant plusieurs siècles, l’élément important du corps est le ventre. La femme doit avoir le ventre rond, aussi glisse-t’elle des coussins dans ses robes mais s’écrase la poitrine pour la faire disparaître. il y a deux raisons, 1) les nichons ne sont pas à la mode 2) faut pas qu’ils fassent de l’ombre au ventre bien rond. Du coup, c’est pas une question de pudeur ou de pression sociale, mais plutôt de mode.

Et puis, ça va changer, enfin, doucement. En 1440, Agnès Sorel, la maîtresse de Charles VII va tenter de mettre à la mode les robes décolletées jusqu’à la taille, le port du corset ouvert et un sein sortant des fringues. Bon, la mode va pas prendre, faut dire qu’Agnès Sorel y va fort. A ce qu’il paraît, les petits nichons, incapables de sortir ont fait pression. On a gardé la poitrine cachée encore quelques décennies.

La Renaissance

C’est tout de même au XVème siècle que le décolleté devient à la mode. C’est la fin de la gloire du ventre, on lève un peu les yeux, et hop, la poitrine est à l’honneur ! Le décolleté est d’abord arrondi, puis triangulaire, et à la fin du siècle, c’est la mode du col carré plat dont Anne de Bretagne est un peu l’égérie.

Au XVIème siècle, c’est la fraise qui est à la mode, et sans déconner, je sais pas qui a lancé ce phénomène fashion, mais je trouve qu’il n’y a rien de plus ridicule que ce col. (Genre je préfère porter uniquement un collier et une ceinture de perles plutôt qu’une fraise. Collerette de la honte. Bref, les meufs portent la fraise qui a la forme d’un éventail sur la nuque, avec un décolleté en V, ou rond (qui laisse parfois dépasser les tétons).

Et puis évidemment, la religion rapplique. C’est un théologien protestant, et il est pas content, Martin Caselius. Un formidable article en parle très bien, c’est ici. Voici un grossier résumé :

La femme est soumise à son époux, et ça doit passer par une tenue modeste.

Dévoiler son corps, c’est du paganisme. Les femmes vont perdre leur âme. Le décolleté est l’œuvre du diable. Autre chose, les cheveux des femmes poussent plus vite que ceux des hommes pour pouvoir cacher le corps féminin. Bin oui, évidemment. Il tente aussi de donner des raisons médicales et d’autres trucs à la con. Lisez vraiment cet article, il est très chouette.

 A Versailles

A la fin du XVIIème siècle, c’est l’heure du décolleté très large, ovale ou carré, avec un col en dentelle ou un bijou qui tombe entre les seins. Les robes de la cour s’amenuisent, genre vraiment, mais elles sont portées presque exclusivement, pour les grandes occasions et les bals. Les décolletés laissent apparaître la pointe des seins tout de même. L’abbé Charles Boileau, lui, il râle contre les meufs qui se ramènent à l’Eglise avec le nichon un peu trop apparent : il écrit de l’abus des nudités de gorge.
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La morale et la pudeur vont commencer à faire leur petit effet, les femmes commencent à voiler leur gorge ou carrément la cacher. Il n’y a plus une aréole qui traîne au XVIIIème siècle. Tout doit être sobre et modeste, surtout le décolleté. Mais il y a des exceptions, Madame de Pompadour montre encore les nichons, elle a une tenue bien à elle. Un corset très serré avec un décolleté, qui comporte deux bonnets, si profond qu’il arrive que les seins débordent ! Évidemment, elle passe pour une putain. La putain du roi.

 

Selon les frères Goncourt « la femme n’est que volupté. La volupté l’habille….elle montre en haut de la robe comme une promesse de tout le corps de la femme… non seulement le soir, mais encore le jour dans la rue, à toute heure ».

 Le XIXème siècle

Sous l’Empire, les choses changent à nouveau, si la journée la femme doit cacher bien pudiquement sa gorge, une fois la nuit tombée, il est très élégant de porter un très grand décolleté.

« Le privilège des jolies femmes. Découvrant les rondeurs adorables d’un buste divin, il en fait valoir l’harmonie, il en souligne les perfections délicates. » L’art de la toilette chez la femme: Bréviaire de la vie élégante (livre cool).

Un peu avant, juste après la Révolution, il existe la mode des Merveilleuses, un groupe de personnes qui décide de rompre avec la tristesse de la Terreur et opte pour des tenues extravagantes. Enfin, extravagantes, c’est ni plus ni moins que des robes de la Grèce Antique. Largement décolletées et transparentes. D’ailleurs, ça va attirer quelques ennuis à Madame de Tallien. Elle va décider de garder la tenue, mais de la doubler, pour limiter la transparence.

 Le XXème siècle

Le début du siècle est marqué par la pudeur et la sobriété, faut dire que c’était pas franchement funky. Dans les années 1920, on cache les nichons, on cache les fesses, on cache tout ce qui peut être un atout féminin. La minceur/maigreur est du meilleur goût, à l’époque. C’est fini le sein rebondi aux yeux de tous.

Dans les années 1930, c’est le décolleté de dos qui est à la mode, alors c’est joli, mais ça n’a rien à voir avec les nichons. Ils restent bien planqués.

En 1947, Dior lance la mode de la taille très très trop fine, avec un grand décolleté. Et puis, ça va durer, durer, durer… Yves Saint Laurent, dans les années 1960 va montrer les seins nus sous des blouses transparentes. Ensuite, y’a Marilyn Monroe…

Et puis d’un coup, sans crier gare, en 2008, les médias font tout un scandale quand Angela Merkel se permet de dévoiler un décolleté et en 2014 Ségolène Royal aurait interdit aux femmes de porter des décolletés dans son ministère.

Bande de crétins. Vive le nichon libre !

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Pour les illustrations, on remercie Antoine de la Mônstrue, et on va le voir ici.

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11 thoughts on “L’histoire du décolleté, enfin une bonne raison de montrer des nichons

  1. oh ! J’avais pas suivi pour Angela, mais pour une fois qu’elle porte une tenue sympa…
    Il est SEHR SCHÖN son décolleté naméo !

    Quand à Royal… je préfère me faire. C’est pas un décolleté qu’elle devrait recevoir mais une déculottée !

    • Il y a des photos de Merkel qui circulent sur le net. Elle aurait fait du naturisme dans sa jeunesse. Bon, pas de quoi grimper au rideau, mais au moins, elle devient légitime comme ambassadrice du nichon libéré.

      • Le naturisme est une pratique très répandue en Allemagne. Elle n’est pas pervertie par la morale catho et la société de consommation, perversion qui fait que nombre de gens pensent encore qu’être à poil est une déviance.

  2. Attention, pour les époques antiques, il faut se méfier des images (enfin c’est vrai à toutes les périodes!) : ce qui est représenté dans les oeuvres n’est pas toujours strictement le reflet de la réalité vécue. A ce propos lire Michel Pastoureau évidemment, mais aussi Denis Bruna, auteur d’un chouette livre sur le tatouage & le piercing (il étudie l’histoire de la mode et des transgressions, ça va te plaire)

    • En fait, j’ai utilisé les images pour illustrer mes propos, pas l’inverse ! Mais c’est vrai que ma phrase pour l’Antiquité peut induire en erreur, je vais la changer !

  3. Et dire que tout au long de l’histoire c’est encore les mecs qui nous ont guidé de leurs regards « éclairé », nous, simples femmes, qui sommes incapables de savoir ce qui est bon pour nous….
    On est complètement conditionnées, y’a qu’à voir le regard accusateur de certaines de nos congénères devant une femme qui allaite son enfant en public!
    La liberté, c’est pas encore pour tout de suite.

  4. La mode de la colorette etait vraiment bizarre comme tu dis mais elle a ete inventee pour des raisons medicales ! Les gens de l’epoque pensait que cela protegeait des microbes. Par ailleurs, plus elle etait grande et large, plus cela signifiait un rang social eleve, genre « je suis tellement riche que je peux me proteger mieux que vous »

  5.  » En 1440, Agnès Sorel, la maîtresse de Charles VII va tenter de mettre à la mode les robes décolletées jusqu’à la taille, le port du corset ouvert et un sein sortant des fringues »

    Je me demandais pourquoi on la représentait avec un nichon à l’air ! C’est donc de là que ça viendrait ?!

    Mais … elle se baladait vraiment tout le temps avec un seul sein à l’air ?!

    Et, ça a pris, cette mode ? Que disent les sources à ce sujet ?!

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