La grossesse au Moyen Age, entre rituels et croyances

Après avoir vu les cinq points de la sexualité au moyen-âge, voici l’histoire de la maternité. Bin ouais. Les moyens de contraception sont pas des plus efficaces, et bien souvent, après du sexe non protégé, la femme devient grosse. Eh, oui, je ne vous apprends rien !

En fait, la procréation est une nécessité pour la survie de l’espèce, oui, mais c’est surtout une volonté de Dieu. Aussi, il faut cadrer un peu les choses.  C’est vrai quoi, on va pas faire des gosses avec n’importe qui. Non. Alors, on se marie et on fait des enfants au sein de ce mariage. D’ailleurs, si on fait du sexe, c’est uniquement pour procréer hein, viens pas trop nous parler d’orgasme. Enfin, si tu utilises un moyen de contraception, c’est un péché mortel. Hop, direction les enfers.

Aujourd’hui je vous raconte l’histoire de la grossesse, de l’accouchement, du nouveau-né et de la stérilité avant le XVIème siècle !

La grossesse

La femme devient le centre des attentions dès son ventre bien plein. Eh oui, c’est l’avenir de la famille. Pourvu que ce soit un garçon !

Dès ce moment, le couple doit arrêter toute forme de sexualité. Rien du tout. Ceinture pendant près d’un an. La femme doit manger en petite quantité et boire avec modération. La poire, le gingembre, le cardamome ou encore la noix de muscade sont super conseillés pendant la grossesse ! Il est dit que boire un peu de vin rouge, gober des œufs ou manger des coings fortifient le ventre. En revanche, Valescus de Tarente (Gallica) conseille de ne pas manger les câpres, les olives pas mures, les fèves, le sésame et enfin, la menthe sauvage (qui excite). Elle ne doit pas consommer de sel, sinon son enfant risque d’être chauve et sans ongles… (les croyances…) en revanche, elle doit assouvir chacune de ses envies, et le mari est là pour l’aider. La future mère doit porter des vêtements amples, sans ceinture, pour ne pas empêcher le fœtus de grandir.

Pour ne pas enrouler le cordon autour du cou de l’enfant ou engendrer des monstres (enfant sans yeux ni bouche, enfant à deux têteenfant à quatre jambes) , la future mère doit s’entourer d’amulettes, se protéger du soleil, éviter de croiser les mains ou encore éviter d’éternuer (c’est tellement évident).

Malheureusement, les femmes qui vivent à la campagne ne cessent de travailler leurs terres jusqu’au terme de la grossesse, et bien souvent, elles souffrent de batture et risque d’accoucher prématurément.

L’accouchement

Quand soudain, vint le jour-J. Le mari, les amies, la famille, et les matrones du coin sont là pour assister la femme. Elles font du feu dans la cheminée, font chauffer de l’eau et cuisinent un bouillon pour l’accouchée. Tout est très ritualisé. Il ne faut rien louper.

La femme est en position assise, à genoux ou debout. Si tout se passe bien c’est chouette. En revanche, en cas de problème grave, comme l’accouchement de jumeaux, ou un accouchement long et douloureux, la césarienne n’est autorisée que sur les femmes mortes en couches. Super pratique. Bon les gars, maintenant qu’elle est morte, on va tenter d’sauver l »mioche ! Et, des femmes mortes en couches, ou juste après de la fièvre puerpérale (lorsque le placenta n’est pas totalement expulsé, que ça s’infecte, et bim, septicémie mortelle), il y en a beaucoup.

Généralement, les femmes reprennent le travail six semaines après l’accouchement, parfois plus tôt pour les paysannes qui ne peuvent laisser le mari tout gérer tout seul. Par contre, la femme est impure durant 40 jours, alors avant ça, il lui est interdit d’aller à l’église. Il s’agit des relevailles.

Le nouveau-né

Une fois sorti de l’utérus de sa mère, le jeune bambin reçoit une tape sur les fesses pour vérifier qu’il est bien en vie. Un bébé qui pleure est un bébé vivant. C’est plutôt une bonne chose.

La matrone va alors couper le nombril d’une longueur de 4 doigts et le noue. Il arrive, souvent, lorsque c’est un garçon qu’on décide de laisser un peu plus de 4 doigts de cordon, pour lui assurer sa virilité. L’enfant est ensuite lavé avec du vin ou de l’alcool et frotté avec du sel, du miel, ou du jaune d’œuf. Si on a rien de tout cela, c’est fait avec de la paille humide et tiède.
S’en suit un petit rituel de la part des matrones, elles vont pincer le nez de l’enfant, le crâne, les membres, les mamelons si c’est une fille pendant plusieurs heures pour assurer aux gosses de belles formes. Or, il se trouve qu’en pinçant fortement une partie du corps, on la casse. Et avec un nez pété ou un crâne aplati, les belles formes elles sont loin !

Lors du premier bain, il faut purger l’estomac, les oreilles et les narines du nouveau-né, ainsi que lui mettre un doigt dans le fondement pour « expurger les fluidités ».

Ensuite, on l’enferme dans les langes bien serrés, sinon, il peut avoir le dos ou les jambes tordus (dans leurs têtes quoi). Au plus tard trois jours après sa naissance, l’enfant doit être baptisé. On lui met du sel sur la langue et le prêtre verse de l’eau sur sa tête. Les parrains et marraines doivent choisir le prénom : les prénoms les plus rependus sont : Pierre, jean, Thomas et Guillaume pour les garçons et Perette, Perrine, Jeannette, Guillette, Marie et Anne pour les filles.

Parfois, il arrive malheur à l’enfant avant son baptême, le prêtre guette le moindre signe de vie, s’il n’y en a pas, l’enfant ne peut pas être baptisé. Et en plus du drame personnel de la perte d’un enfant, c’est le bordel, il ne deviendra jamais un ange et ne pourra aller au paradis. Le gosse est perdu à tout jamais.

La femme stérile

Un jeune couple copule, souvent (enfin normalement), aussi la première grossesse ne doit pas se faire attendre. Dès la nuit de noces, le prêtre bénit les conjoints dans leur lit et leur apporte le chaudeau, un bouillon dit stimulant.

Et puis parfois, rien. Toujours les règles, toujours pas de ventre plein. Merde, l’inquiétude est palpable et la pression de la communauté est palpable !

On estime que la stérilité est le résultat des péchés commis pendant la vie de la femme, genre l’infidélité, ou le manque de piété. Du coup, le seul moyen d’avoir des chances d’avoir un enfant, c’est de prier, de jeûner, et d’être abstinent (oui, c’est complètement con). Enfin, il faut aussi manger des plats à base d’organes d’animaux, s’entourer de talismans, prendre des bains, ou encore se frotter contre un menhir.

Il faut prier et faire des offrandes à la Vierge, ou à Saint Anne et Sainte Marguerite. Dès pèlerinages sont prévus vers des sources ou des montagnes dites sacrées. En Provence, la cathédrale d’Apt est le rendez-vous des femmes stériles (alors qu’en fait, ça peut aussi venir de l’homme hein, mais au moyen-âge, ça ne paraît pas envisageable si l’homme n’a pas de malformation. La femme est coupable, et puis c’est tout). Les femmes font des kilomètres pour remuer le berceau de sainte Anne, trop loin, elles se contentent alors de toucher les verrous des portails d’église, ou le battant de certaines cloches. En vain…

Et puis parfois, un enfant vient au monde, et t’es bien content le jour de la rentrée !

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4 thoughts on “La grossesse au Moyen Age, entre rituels et croyances

  1. Super intéressant, j’ai particuliérement apprécié les illustrations (sauf celles des appareils gyneco qui m’ont donné envie de me ligaturer les trompes).

  2. En plus d’être bien rédigé, expliqué dans un contexte clair et compréhensible, j’adore les touches d’humour ça et là, ce qui me ressemble.
    J’aime vous lire. Merci.

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