Il était une fois, le droit commercial d’Henri IV à la banqueroute.

Sexy  Jean-Baptiste Colbert!

Du XVIème au début du XVIIIème siècle.

Avant Henri IV, il ne se passe franchement pas grand-chose, on échange peu en interne, encore moins à l’international, aucune politique commerciale n’est vraiment nécessaire. Il existe cependant des droits de douane aux frontières avec les péages et  tonlieux. Face à la montée en puissance des cités Italiennes et du commerce anglais, le royaume va se doter d’une politique douanière protectionniste.

Le mercantilisme apparaît au XVIème siècle. L’idée est simple : on accumule les métaux précieux Picsou n’a rien inventé, on défend bec et ongles l’économie nationale face à la concurrence étrangère et enfin on limite les importations à l’aide d’une réglementation du commerce, d’un fort contrôle douanier et on cherche des débouchés pour nos exportations : il faut vendre à l’étranger notre pinard et nos tissus.

  • Des débuts difficiles.

Barthélémy de Laffemas, ministre d’Henri IV à la fin du XVIème siècle, tente de mettre en place un protectionnisme en faveur des fabrications nationales, manufactures et tissus principalement,  dans le but de limiter les sorties d’or du territoire. Quelques années plus tard, le duc de Sully lui succède et souhaite limiter les importations alimentaires. Pour cela, il relance l’agriculture qui, selon lui, doit être capable de nourrir le royaume. Ces tentatives audacieuses resteront sans résultat.

  • La lutte contre les pirates du début du XVIIème siècle.

Les choses vont radicalement changer avec l’arrivée de Richelieu en 1624. Le ministre de Louis XIII prône l’importance des accords commerciaux et va donner une grande impulsion aux échanges, mais pas n’importe comment. Importer oui, mais il faut aussi protéger ! C’est la généralisation des prohibitions. Certains produits ne pourront entrer sur le territoire ; c’est le cas du blé, du vin et du textile. Le but est de protéger les ateliers et productions nationaux. Tout le reste sera négocié directement avec les producteurs étrangers. Afin de favoriser ce commerce, il est nécessaire d’améliorer certains points : les voies de communications terrestres et maritimes, mais surtout la flotte marchande. Entre 1626 et 1629, les pirates orientaux ont fait disparaître 70% des navires! Les bâtards. Désormais, il est décidé de munir les bateaux marchands de canons (plutôt utile pour se défendre !) mais aussi chaque navire étranger qui porte atteinte au commerce français est déclaré de bonne prise. On égorge/noie/vend gentiment les matelots, on récupère la cargaison et on vend le navire.

  • Le colbertisme, une industrie à l’image de Versailles.

Bond en arrière dans la politique commerciale dans les années 1660 avec le dirigisme de Colbert. Dans un premier temps, il clôt les traités de commerce. Il faut protéger et relancer l’industrie française. Les ateliers désaffectés vont retrouver leur service. Il faut produire beaucoup mais produire correctement. La réglementation est forte, il faut que ce soit beau et il faut que ce soit digne d’être français, le faste de Louis XIV ! On va assister à la réouverture du marché, toujours dans le respect des principes mercantilistes : 1) se la jouer Picsou 2) lutter contre la concurrence étrangère 3) limiter les importations. Pour une balance économique excédentaire, il faut exporter plus que ce qu’on importe, et tout va être minutieusement réglementé. Colbert c’est un peu le grammar-nazi de la réglementation, on fait pas n’importe quoi, merde ! Pour les importations, aucune prohibition, sinon les voisins font la gueule/guerre, mais un tarif douanier est appliqué dès 1664 et sera doublé en 1667 sous la pression des industries textiles, qui subissent la concurrence des toiles Hollandaises. Et bim. C’est la guerre. Une guerre économique où la France perd tous ses débouchés commerciaux en Hollande pendant six ans. Le problème se règle en faveur de la France, mais le tarif de 1667 est abrogé. Au niveau des exportations, Colbert, qui a tout mis en œuvre pour avoir des produits manufacturés de qualité, va octroyer des primes à l’exportation pour vendre à bas prix les produits nationaux alors que l’exportation de matières premières sera taxée. Dans la continuité de Richelieu en matière d’amélioration du commerce, Colbert va doter le royaume en 1673 d’une ordonnance de commerce (l’ancêtre du code de commerce) et en 1681 d’une ordonnance qui réglemente la marine militaire et marchande.

  • En route pour la banqueroute.

Si le royaume commence doucement à faire son trou dans le commerce international tout en prenant soin de ses intérêts nationaux, John Law -si tu veux avoir la classe, tu le prononces Lass- débarque et fout le bordel au début du XVIIIème siècle. C’est pas vraiment volontaire, mais on sait désormais qu’on peut pas faire confiance à un Écossais. Même s’il est sexy, ou même s’il est interprété par Mel Gibson. Donc, John Law veut un peu moderniser la machine, il va donner le monopole de certains secteurs à l’État. Notamment le commerce colonial, avec la création de la Compagnie des Indes (dont Colbert était l’instigateur), mais aussi la banque. L’idée est brillante ! Les premiers billets de banque sont fabriqués, hélas, en trop grande quantité. C’est la banqueroute. On renvoie l’Irlandais en 1720 et on va retrouver une politique dirigiste, proche du Colbertisme.

Jusqu’à la Révolution le protectionnisme ne cessera de croître pour arriver à son paroxysme avec le blocus continental de Bonaparte. Mais c’est une autre histoire.

La suite c’est ici.

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