Les saltimbanques et autres métiers de merde du XIXème siècle

Salut les internets mondiaux, aujourd’hui, je vous raconte des extraits de vie. C’est pas tout le temps drôle, ça l’est même rarement, aussi, voici le premier article sans blagues pourraves (elles reviennent jeudi, vous en faites pas). Auguste Fourès est un ethnographe du sud de la France. De l’Aude. De Castelnaudary. Bref, il est né en 1841 et durant les années 1880, il a marché dans Paris à la recherche de gueuserie, des coureurs de grand chemin et des batteurs de pavé. Il a fréquenté la misère pour en faire une étude. Je vous livre aujourd’hui, quelques-unes de ses rencontres et j’illustre avec le peintre Fernard Pélez.

 

Le Nègre qui mangeait du feu

Parmi tous les bohémiens, les batteurs de pavé et autres saltimbanques, maigrichons, débraillés et miséreux, il y avait un noir, modelé comme un dieu grec. Cet homme mange du verre et des torches enflammées. Il entre dans les cafés, accompagné de deux enfants jouant du violon et de la harpe, et propose son spectacle à un public plus ou moins bourgeois. Il jette à terre son chapeau et allume des torches roulées dans de la poix avant de les avaler. Après cela, il crache de la fumée, parfois comme un dragon, parfois comme une locomotive, dont il imite les bruits. On dit qu’il fait ça très bien. Lors de la deuxième partie du spectacle, l’homme triture du verre entre les dents. Ensuite, il ramasse son chapeau, ouvre la porte aux enfants et compte les sous. Trop peu pour vivre.

La troupe de musiciens

Un jour, Auguste Fourès s’arrête devant un café, une affiche annonce un spectacle de musique à 20 h au théâtre de Monaco.

Sur la scène, une grande table recouverte d’un vieux tissu vert. Attablées, trois dames très maquillées aux décolletés plongeants. Ça se chamaille, entre jurons et compliments. À coté, M. Quinquarelli, barbu et chevelu, tient son violon au menton. Lorsqu’il commence à jouer, les femmes chantent chacune leur tour. C’est très très mauvais. Au mieux, le public crie, se moque, demande à être remboursé, dans les pires moments, il lance verre et tabouret sur la scène… Impassibles, les artistes continuent leur spectacle, entre voix de chanterelle en délire et fausses notes. Ce soir, ils ne mangeront pas.

La Femme-Hercule

La jeune femme porte un corset de soie noire qui se fendille, et un jupon court, rouge. Ses vêtements sont tous rapiécés. À ses pieds, des pantoufles. Elle a des biceps et des mollets énormes, elle jongle en pleine rue avec des poids de 50 kg… La Femme-Hercule n’a pas de succès, les spectacles de voie publique ne prennent pas tout le temps, malgré tout, elle fait de superbes effets de torse, ses jambes craquent, ses veines se gonflent et son front est suant. Les passants s’éloignent sans laisser de pièce. Le visage de la Femme-Hercule s’éteint. Elle grommelle : « C’est assez remuer la terre de misère ».

L’Homme aux gifles

L’Homme aux gifles est un vagabond. Il erre de troquet en troquet avec un même scénario. Il pousse la porte, une casquette posée sur le crane, le visage rouge et bouffi. Ses chaussures sont sales. Tout le monde le regarde, on ne sait pas ce qu’il s’apprête à faire. Au bout de quelques minutes, il commence une Tyrolienne qu’il accompagne de grosses gifles sur les joues. Les rires éclatent dans la salle et le public jette quelques sous à l’artiste qui ne cesse de se gargariser tout en se claquant. À la fin du spectacle, il fait une référence et prend la porte. Il a mal aux joues.

Frisepoulet

Frisepoulet, c’est le nom du mec. Il est nain, maigre et raide, on dit qu’il ressemble à une flûte à bec. Il porte un justaucorps d’Arlequin, une collerette de pierrot, un chapeau de jocrisse, une culotte et des sabots crochus de Signor Pulcinello. Son job, c’est de racoler, il doit inciter les passants à assister à un spectacle. Le discours est efficace, l’entrée est gratuite, on ne paie qu’en sortant, si on a été satisfait.

Le spectacle ? La Belle Allemande, une femme grosse, très très grosse. Elle est rousse au front carré, a des yeux de bœuf, une gorge monstrueuse et des bras pareils à des boas. Ses hanches et ses cuisses ne forment qu’une tour massive sous sa robe vert métallique. Un homme s’assoit sur son dos, comme le cornac sur un éléphant.

Frisepoulet, le nain, est fou amoureux de cette Belle Allemande. Sans jamais rien lui dire, ils parcourent la France. Retrouve d’autres destins de saltimbanques dans le Tome 2.

___________________________________________________________________

  • En découvrir plus : Auguste Fourès, œuvre ethnographique 1 : la gueuserie, coureurs de grands chemins et batteurs de pavé.
  • En voir plus, illustrations sur Gallica :
Share Button

6 thoughts on “Les saltimbanques et autres métiers de merde du XIXème siècle

  1. C’est triste mais c’est beau et les illustrations sont vraiment bien choisies. D’habitude j’aime bien les dessins humoristiques que tu mets mais là, je trouve que ça colle plus au thème.

  2. Raaaaah… il n’est pas ethnographe, mais folkloriste. C’est-à-dire un mec qui se faisait une passion de recueillir et consigner les savoirs populaires. Indépendamment du fait que les ethnologues d’aujourd’hui tendent à mépriser les folkloristes (non sans raisons scientifiques…), considérer ce monsieur comme un ethnographe relève surtout d’un anachronisme, même si à certains égards ses procédés de collecte s’en rapprochaient (à ce sujet, ne surtout pas lire la page wikipédia…).

    Signé : un fidèle lecteur.

    • OK, pardon fidèle lecteur. J’ai lu ça dans sa biographie dans son bouquin. Du coup, je suis perdue. Un ethnographe c’est finalement un folkloriste actuel ? Qu’elles sont les grosses différences ?

  3. Pingback: (Footit et) Chocolat, ou l'histoire d'un nègre sur scène | Raconte-moi l'Histoire

Laisser un commentaire