Madame Adélaïde, le torchon brûle à Versailles

Marie Adélaïde est une des nombreuses filles de Louis XV et Marie Leczinska. Son histoire est pour le moins pas banale et je me plais à vous la conter aujourd’hui accompagnée des dessins de Frisotte. Aussi, je vous mets dans la confidence, une nouvelle catégorie est en train de voir le jour sur Racontemoilhistoire, il s’agit de « Versailles ». Ouais, deux minutes, j’ai pas encore trouvé un nom super funky, ça devrait paraître une fois par mois. Mate bien les .gif. C’est ma grande fierté.

 

Madame Quatrième Troisième

Tout commence le 22 mars 1732 à Versailles. La Reine, Marie Leczinska entre dans le neuvième mois de sa sixième grossesse. Rien que ça, sept ans de mariage, six gosses. Déjà trois filles, les jumelles Élisabeth et Henriette, la troisième et deux garçons en pleine santé. Les médecins ayant prévu la naissance de ce sixième enfant pour le mois suivant, le Roi est parti à la chasse dans les bois de Verrières lorsque la Reine commence à ressentir les premières mouches. Pas l’insecte. Non. Elle a les premières douleurs, contractions tout ça. Sans doute n’a-t-elle pas perdu les eaux avant le retour de son époux puisque s’en suivent 24h de travail. Alors, bon, moi je suis nullipare, je n’ai aucune idée de ce que représente une contraction. Mais je sais que 24h, c’est beaucoup. La Reine souffre sa race et la petite prématurée s’accroche à son placenta, genre, « vazi laissez moi tranquille, c’est pas encore trop le printemps et puis je veux pas trop sortir. »

A 17h le 23 mars 1732, l’enfant est née. Tout le monde a les boules, c’est une meuf. Mais on fait passer le message dans le royaume : « La reine est accouchée d’une fille, en voilà quatre et deux garçons ». Ça c’est du faire-part de naissance hein…

Par la suite, quatre autres filles naîtront, et il y aura eu en plus une ou deux fausses-couches. Louis XV et Marie, ils ont pas fait semblant niveau progéniture. Malheureusement, en 1733, la petite Madame Troisième décède (à partir de ce moment le couple royal demande de faire apparaître une colombe sur les tableaux, symbole de cette fille disparue), aussi Madame Quatrième, Adélaïde, monte-t-elle en grade. Adélaïde se fait désormais appeler Madame Troisième. Jusqu’à leur baptême en 1737, les filles de Louis XV porteront des numéros. C’est sympa, c’est chaleureux. « Hé numéro 4, attention, tu vas tâcher ta robe »….

 

En tout cas, la Reine ne veut plus d’enfant ni dans son utérus, ni au château. Faut dire qu’elle est épuisée. Les médecins du XVIIIème siècle, en plus de pas être super drôles, ils n’y connaissent franchement rien en médecine. Et pour cause, pendant son accouchement, la Reine subit des saignées… Et après l’accouchement, c’est simple : de la purge, des bains et du jeûne. C’t'àdire que les trois premiers jours y’a rien à bouffer, rien du tout. Au bout de trois jours et pendant dix jours, deux bouillons et deux tranches de pain par jours. C’est seulement après les relevailles que la Reine pourra manger à sa faim. (Les relevailles c’est lorsqu’elle commence à récupérer un peu d’énergie -on se demande comment- et retourne à la messe).

L’impétueuse enfant

Par souci d’économie, Louis XV décide d’envoyer toutes ses cadettes terminer leur éducation à l’abbaye de Fontevraud. Faut avouer que la vie de princesse, ça coûte des tunes. Environ 46 000 livres pour les moins de trois ans, 100 000 pour les adolescentes, et la modique somme de 340 000 livres par fille adulte. Les garçons c’est encore plus, mais c’est compréhensible. Y’en a un qui devrait finir roi. Normalement…

Bref, en 1738 alors que seules les deux aînées (Élisabeth dont le mariage est bien engagé, et Henriette) et les garçons doivent rester à Versailles, la petite Adélaïde fait un petit caprice à Papa pour rester au château. Et ça fonctionne… Faut dire que quelques mois auparavant, on a retrouvé la petite fille au milieu de la cour du château, en tenue de nuit, fuguant pour retrouver son père qui avait quitté Versailles. Tellement mignonne. On peut rien lui refuser.

 

Derrière cette touchante Fille-à-Papa se trouve néanmoins une véritable petite peste… Louis XV a connu différentes maîtresses, dont certaines sont sœurs…La jeune et ô combien impertinente Adélaïde n’hésite pas à dire ce qu’elle pense de celles-ci… Comme en témoigne cette réplique à Madame de Châteauroux, celle-la même qui a usé de son influence sur le Roi pour entraîner la France dans la guerre de succession d’Autriche… Le Roi ne pouvant se passer de sa maîtresse, il a fait installer un petit corridor entre leurs logements. Ça plaisait pas tellement à la population Messine d’accueillir la putain du Roi… Et puis le roi est tombé malade, il est rentré à Versailles, et a changé de maîtresse…

 

On pourrait croire que la jeune fille est juste un peu mauvaise parce que sa mère est distante, conformément à l’Étiquette et que son père couche avec une autre, mais non. Elle est carrément piquante Adélaïde. Et elle réserve le même sort à certains politiques proches du Roi. Comme Lavardy, ministre de son père, qu’elle n’hésite pas à qualifier publiquement de « polisson », soit à l’époque, un profiteur. Elle envoie la petite, elle n’a pas peur.

Et puis, en 1745, il y aura la Pompadour dans le lit royal, détestée par tout le monde, mais choyée par le Roi. Adélaïde âgée de 13 ans, ses sœurs et le Dauphin vont tout faire pour s’en débarrasser, comme la surnommer : « Maman Putain ». C’est vrai, c’est joli, élaguant, distingué…Digne des princes et princesses de sang ! Il faudra attendre dix ans pour que Louis XV cède sous la pression de sa famille et des dévots et remplace enfin La Pompadour.

Et puis Adélaïde grandit, elle apprend la musique, elle est très douée au clavecin, mais aussi au piano, violon. Et au chant. Et puis aussi elle écrit bien. Elle s’intéresse à la peinture, au bricolage et aux tâches domestiques. D’ailleurs, son père n’hésite pas à la surnommer « La Torchon ». Adélaïde est brillante.

Rôle Politique

En grandissant, Adélaïde refuse de se marier, elle reste unie au royaume et à son titre de Madame. Elle a un sale caractère (mais un bon fond, il paraît) et compte bien faire ce qu’elle veut de tout le monde. Aussi, lorsqu’elle décide de quitter l’aile des princes de sang du château pour se rapprocher des appartements de son père, c’est accepté. Et lorsqu’elle décide de se débarrasser de quelqu’un, elle n’hésite pas à utiliser les autres. Comme la petite Marie-Antoinette, à peine mariée à Louis XVI, elle se retrouve manipulée contre la nouvelle maîtresse du Roi, la Comtesse du Barry.

Pendant des mois, sous les conseils d’Adélaïde, Marie-Antoinette refuse d’adresser la parole à la favorite officielle du Roi, ce qui lui vaudra quelques remontrances de Louis XVI. Ensuite Adélaïde rejoindra le clan des dévots et jettera ses foudres sur Marie-Antoinette, la surnommant L’Autrichienne, comme l’ennemie numéro un du royaume. Ce qui conduira la jeune Reine directement sur l’échafaud.

Madame Adélaïde jouera un rôle politique important, notamment à la mort de son père. Le nouveau roi, Louis XVI, éprouvant une forte sympathie, des « sentiments mêlés d’affection, de respect et de crainte » pour sa tante, décide de la consulter pour le choix des ministres. Aussi c’est Maurepas qui vient en tête, celui-là même qui avait été disgracié par Louis XV sous l’influence de la Pompadour. Belle revanche de Madame Adélaïde sur l’ancienne maîtresse de son père. Il en est pas vraiment de même pour la du Barry qui pourrissait au fond d’un monastère depuis la mort de Louis XV. Alors que toute la cour demande l’indulgence de la famille royale, Adélaïde s’y refuse mais contrainte elle dû répondre « Je ne me mêle de rien, mais si le roi m’en parle, je lui dirai qu’il ferait bien de la laisser libre… ». Quelle mauvaise foi.

Autre exemple en 1787, Madame Adélaïde voit que le vent tourne, la Révolution approche, elle gronde son neveu, son petit préféré, le roi Louis XVI « Vous êtes incapable de porter de grands coups ; votre cœur s’y oppose. Je tremble pour l’avenir ! ». Et puis, c’est la Révolution, elle quitte Versailles pour Bellevue, où elle a déjà longtemps séjourné. Ensuite il lui faudra fuir vers l’Italie avec sa sœur Victoire, d’abord à Turin, puis Rome, pour enfin terminer leur vie à Trieste.

« Deux princesses sédentaires par état, par âge et par goût, se trouvent tout à coup possédées de la manie de voyager et courir de le monde. Elles vont, dit-on, baiser la mule du pape C’est drôle mais c’est édifiant. ». Et les révolutionnaires se marrent, tous en cœur, se tapant la cuisse.

En fait, Adélaïde a été super reloue toute sa longue vie, tellement que ça en est remarquable. Par exemple, elle interdit le poisson à sa table car elle n’aime pas ça, et réprouve tellement la consommation de vin que ses convives sont obligés de lui tourner le dos pour en boire une gorgée.

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  • On remercie Nina Luec, Frisotte pour ses illustrations, on va voir son blog et on aime sa page FB.
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4 thoughts on “Madame Adélaïde, le torchon brûle à Versailles

  1. Attends, attends, attends, j’ai pas compris.

    Si Adélaïde est la fille de Louis XV, elle n’est pas la soeur de Louis XVI ? Louis XVI est le petit fils de Louis XV et il y a eu une génération « perdue » entre les deux ? J’m'en vas consulter Saint Wiki, qui devrait me renseigner sur le sujet.

    C’était drôle et intéressant, comme d’hab :) Merci Marine !

  2. Ces pauvres princesses qui végètent à Versailles et prennent racines à la Cour, trouvent de quoi s’occuper, chacune selon leur caractère…!

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