Princesse d’Eboli, intrigues et manigances à la cour de Philippe II

Dans l’article d’aujourd’hui, nous partons en Espagne au XVIe siècle pour faire connaissance avec Ana de Mendoza et Cerda, plus connue sous le titre de princesse d’Eboli, ou la princesse Borgne.

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L’enfance de Ana de Mendoza et Cerda, future princesse d’Eboli

Ana est née en mai ou juin 1540, son père Diego Hurtado de Mendoza a épousé sa mère, Catherine de Silva deux ans auparavant. On ne peut pas parler de mariage réussi… Diego est réputé pour ses infidélités répétées et Catherine pour ses crises de jalousie. C’est légitime. La petite Ana ne va pas beaucoup voir son père, elle est élevée par sa mère qui a demandé une séparation de corps avec Diego. On raconte souvent que la petite fille a le caractère de son père, des Mendoza, elle est orgueilleuse, arrogante, mais aussi rebelle et passionnée. Ana de Mendoza et Cerda ne manque de rien ni pendant son enfance, ni son adolescence. Une enfance rêvée. Seul son œil lui pose problème.

L’œil de la princesse d’Eboli

Si vous croyez que je vais vous expliquer ce qui oblige la princesse d’Eboli à porter un bandeau, vous vous mettez le doigt dans l’œil (lol), en réalité, il existe plusieurs explications. Il est possible qu’étant petite fille, la princesse d’Eboli soit tombée de cheval ou se soit crevée l’œil avec un fleuret et qu’on ait dû le lui enlever, mais il est également question d’un strabisme qu’on aurait tenté de corriger avec le port d’un bandeau dès l’enfance. Lors de son mariage en 1553, alors qu’Ana de Mendoza et Cerda n’a que treize ans, elle porte déjà son cache-œil.

Le mariage avec Rui Gomez da Silva

eboli_principe-ruy-gomez-de-silvaC’est d’après les conseils avisés du roi Philippe II lui même, que les parents d’Ana ont décidé qu’il était grand temps qu’elle se marie, alors qu’elle a 13 ans, avec un noble portugais beaucoup plus vieux qu’elle. Mais que voulez-vous ? L’amour ne se compte pas, mais le business, si !

Rui Gomez da Silva est entré au service de Philippe II mais il a surtout gagné son amitié et son respect profond. Pour le remercier de sa présence et de son amitié sans faille, le roi Philippe II promet un beau mariage à Rui. La famille Mendoza est friquée et puissante, c’est donc une bonne affaire. Rui qui est très occupé lors des premiers mois du mariage, accorde à sa trop jeune épouse l’autorisation de vivre chez ses parents jusqu’à la consommation du mariage. Celle-ci a lieu en 1557, ou 1558. Rapidement, le premier enfant de leur union naît, il s’appelle Diego et il meurt dans sa plus tendre enfance. Ana de Mendoza et Rui vont par la suite faire neuf gamins en plus, je vous donne les noms par ordre chronologique de naissance : Diego, Ana (comme la mère), Rodrigo, Pedro, Diego (oui encore, le premier était mort), Rui (comme le père), Fernando, Maria, Ana (comme la mère et la sœur). Ils se sont pas fait chier pour les prénoms quand même.

 La vie à la cour de Philippe II

Ana et Rui mènent une existence plutôt paisible auprès de Philippe II et de sa troisième épouse, Élisabeth de Valois (fille d’Henri II). On raconte d’ailleurs qu’Ana a pu être la maîtresse du roi, mais les rumeurs vont bon train et rien n’a jamais été réellement prouvé. En 1559, Philippe II nomme Rui et Ana, prince et princesse d’Eboli, puis duc et duchesse de Pastrana en 1572. Le couple a acheté de nombreux villages de la région et ils règnent sur leurs terres en bonne entente avec le roi et la population. De grandes améliorations sont faites à Pastrana, notamment au niveau des industries, de l’église et du célèbre couvent fondé par le prince d’Eboli avec à sa tête, la religieuse Thérèse d’Avila.

En 1573, Rui décède et Ana quitte régulièrement Pastrana pour Madrid et se rapproche d’Antonio Pérez. Il est le secrétaire de Philippe II et les premières manigances vont avoir lieu. Les rivalités sont nombreuses car Don Carlos, le fils de Philippe II est écarté du pouvoir. Ana et Antonio vont voir leur relation mise à mal lorsqu’elle est à « ça » d’être rendue publique par Juan de Escobedo, le secrétaire de Juan d’Autriche (le fils illégitime de Charles Quint). Antonio Pérez et la princesse d’Eboli décident de l’éliminer publiquement en faisant croire qu’il est de mèche avec des rebelles hollandais. Quelques jours après, Escobedo est retrouvé mort, assassiné de manière très mystérieuse. Or, le roi se rend compte de la supercherie et fait arrêter Antonio Pérez une première fois, puis une seconde fois en 1585. Il parvient à s’échapper et Philippe II le balance à l’inquisition pour hérésie mais le peuple parvient à le soustraire des inquisiteurs et il part se réfugier dans le royaume de France.

Princesse d'Eboli

Pendant ce temps, la princesse d’Eboli, Ana, n’a plus les faveurs de Philippe II non plus. On la soupçonne d’avoir comploté avec son amant afin que le mariage de Juan d’Autriche et de Marie Stuart soit annulé mais aussi en ce qui concerne la succession du trône du Portugal. Elle est donc emprisonnée sur ordre du roi par Philippe II en 1579 à Torréon de Pinto puis à la forteresse de Santorcaz. Elle perd alors tous les droits sur ses enfants, mais aussi sur ses biens et son pognon.

 La captivité de la princesse d’Eboli

En 1581, Ana est autorisée à quitter la prison mais est assignée à résidence à Pastrana, dans son palais. Elle est accompagnée de sa plus jeune fille, Ana de Silva et de trois domestiques. C’est un peu relou, mais ça passe, c’est mieux que la prison. Or, lorsque le roi apprend qu’Antonio Pérez s’est échappé en 1590, Philippe II refuse que les deux amants se retrouvent et il décide d’installer des grilles à toutes les portes et fenêtres du palais. Tout de suite, l’ambiance est différente ! Philippe II a les glandes, et il n’hésite pas à le montrer. En revanche, il s’occupe de l’éducation des enfants de la princesse d’Eboli avec soin car ce sont les enfants de son ami de toujours, Rui Gomez de la Silva. En 1592, Ana décède, mais « la légende noire » va la poursuivre.

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