Le dernier bûcher pour crime d’homosexualité

Aujourd’hui on parle sodomie, on parle homosexualité et on parle de corps calcinés sur la place publique. C’est joyeux n’est-ce pas ? En 1750, deux hommes sont étranglés puis brûlés place de l’Hotel-de-Ville (place de Grève à l’époque) à Paris pour crime d’homosexualité. Ce sont les deux derniers hommes à avoir été officiellement condamnés à mort pour cette raison. Je dis bien officiellement parce que combien d’hommes ont été abattus en France depuis 1750 pour la simple raison qu’ils préféraient les hommes ?

(vous remarquerez aisément que les illustrations sont complètement anachroniques, mais elles sont thématiques. J’avais rien d’autre… Si je trouve, je remplace ! Si vous avez, envoyez-moi des trucs.)

Grandes Chroniques de France, Bucher de Templiers

Bruno Lenoir et Jean Diot, l’arrestation

Aux alentours de 23h, dans la nuit du 4 au 5 janvier 1750, deux hommes sont arrêtés rue Montorgueil « en posture indécente et d’une manière répréhensible ». Effectivement, ni Bruno Lenoir, cordonnier de vingt et un ans (ou vingt trois selon les sources), ni Jean Diot, quarante ans, domestique dans une charcuterie, ne portent de pantalons. Pour le guet qui passe dans le coin, c’est une aubaine, il écrit un procès-verbal et les arrête. Au milieu du XVIIIe siècle, il n’est pas vraiment conseiller de se promener main dans la main lorsqu’on est amoureux et homosexuels, ni de pratiquer un coït rapide contre une porte en pleine rue. En effet, les « gens de la manchette » comme on les appelle, sont surveillés plus sérieusement que les couples hétérosexuels (l’exhibition est cependant interdite pour tout le monde). Les agents de surveillance, les guets ou encore « les mouches » sont à la recherche des lieux de rencontre dans toute la ville afin de tomber sur des flagrants délits. Certains poussent le zèle en s’exhibant pour attirer les homosexuels et les arrêter.

Si Jean Diot nie les faits qui lui sont reprochés, Bruno Lenoir affirme que le quadragénaire lui a proposé un acte sexuel mais qu’il n’a pu avoir lieu car le guet, Julien Dauguisy, les a arrêtés juste avant. En 1750, la sodomie est encore considérée comme un crime.

Les sanctions pour homosexualité au XVIIIe siècle

Avec les Lumières, la répression des homosexuels a tendance à diminuer. Enfin, il est question d’ajuster les peines aux crimes. Et si le crime d’homosexualité doit être puni, il ne mérite pas de persécuter les criminels. De fait, lorsqu’un couple homosexuel (ou du moin un duo) est arrêté une première fois, les hommes passent quelques jours en prisons (voire quelques heures) et on les laisse repartir après une mercuriale. Il s’agit d’une remontrance plus ou moins longue ou des gens expliquent à quel point l’homosexualité c’est super mal. Alors c’est relou, humiliant et discriminant mais ce n’est pas le bûcher quoi.

bisous casque

Lorsque des hommes sont arrêtés pour récidive, ils restent à peine plus longtemps en prison et on les libère toujours après une mercuriale. Mais alors ? Pourquoi à cette même époque, Bruno Lenoir et Jean Diot ont ils fini étranglés puis brûlés ? Parce qu’il fallait un exemple et parce que les deux hommes n’ont pas eu la chance d’être bien nés.

Le procès de Diot et Lenoir

 

Le 9 janvier 1750, Brunot Lenoir et Jean Diot sont interrogés dans le cadre du procès. Jean Diot nie toujours les faits alors que Bruno Lenoir maintient toujours son discours, Jean Diot lui a proposé un rapport anal dans la rue Montorgueil et il a accepté. Seule l’arrivée du guet a empéché la pénétration d’avoir lieu. Les deux hommes n’ont pas d’argent, pas de statut et donc aucune protection. A l’époque où les homosexuels fils de bonnes familles sont simplement envoyés chez d’autres membres de la famille pour faire oublier le scandale, les pauvres eux, sont brûlés sur place publique. Il faut punir le scandale et le 11 avril 1750, le procureur annonce la sanction : les inculpés doivent être brûlés vifs pour crime de sodomie. Bruno Lenoir et Jean Diot font appel, ils sont à nouveau interrogés puis jugés par le Parlement de Paris le 7 juin 1750. La sentence est confirmée : «  les deux hommes sont condamnés à la confiscation de leurs biens ou, à défaut, au paiement d’une amende de 200 livres chacun. Ils seront brûlés et leurs cendres jetées au vent. » Seule une clause est ajouté : « seront secrètement étranglés avant de sentir le feu ». Ils ne sont donc pas brûles vifs, ils sont étranglés avant pour éviter une autre longue souffrance. Youhou…

La condamnation du bûcher comme exemple ?

 

Au XVIIIe siècle, seuls cinq hommes ont été condamnés à mort pour homosexualité aggravée (viol, pédophilie…) mais pas entre adultes consentants. Alors pourquoi ne pas avoir envoyé Diot et Lenoir à la prison du Bicetre comme les autres ? L’exécution est inhabituelle et incompréhensible. Il existe bien une théorie. La première est liée au fait que Diot et Lenoir ne font pas partie de la cour et afin d’éviter que les rues de Paris se transforment en lupanar pour hommes, on menace par le bûcher les homosexuels. Autant le faire avec des pauvres, personne ne s’en plaindra. Ça se tient.

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Quelque soit la raison qui a poussé le Parlement a rendre cette décision, Bruno Lenoir et Jean Diot ont été exécutés et brûlés place de Grève le 6 juillet 1750. C’est pas glorieux. Quarante et un ans plus tard, le code pénal révolutionnaire est le premier code européen à abandonner le crime de sodomie entre adultes consentants. En 2014, une plaque commémorative est installée rue Montorgueil pour rappeler le souvenir de ces deux hommes, morts sans raison.

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