Le Sacré Cœur, histoire d’un symbole quelque peu énervé

Internet, aujourd’hui est un jour spécial. J’ai cédé mon clavier et mon espace à @dedelajoie, le temps d’un article, pas plus hein. Il a insisté, il voulait son heure de gloire. J’ai cédé. Sous vos applaudissements, voici l’histoire du Sacré Cœur.

Le Sacré Cœur, histoire d’un symbole quelque peu énervé

L’origine du Sacré Cœur prend source avec « l’année terrible » : 1870. Cette année là (la la la), Napoléon III attaque la Prusse en juillet. L’opération tourne rapidement au désastre puisque Charles Louis Napoléon Bonaparte himself est fait prisonnier à Sedan le 2 septembre. Fail. L’empire s’effondre.

Pour les autorités religieuses c’est la catastrophe : non seulement on est en train de se faire pouiller par les teutons mais surtout, encore pire que la construction de l’opéra Garnier (bâtiment « monstrueux et impudique »), l’Eglise assiste impuissante à l’avènement d’une république (la 3ème). 

 l'impératrice en sa robe purpurine admire le déchainement impétueux de la nature à Biarritz en se faisant un petit peu chier

l’impératrice en sa robe purpurine admire le déchainement impétueux de la nature à Biarritz en se faisant un petit peu chier

Avec une République, impossible de compter sur une personne comme l’impératrice Eugénie, très influente et très pieuse (ce qui précisément l’empêchait d’aller trop souvent au Pieu avec Monsieur son mari). Les désastres se poursuivent avec l’encerclement de Paris et son siège par les prussiens. En Février 1871, Thiers est élu chef du pouvoir exécutif de la République. Il entame rapidos des négociations de paix avec les Allemands. Il veut aller vite. Il leur donne l’Alsace et la Lorraine. La France perd ses quiches. Mais elle aurait tort de croire qu’elle en a gagné une avec Thiers, habile manœuvrier qui n’a qu’une idée en tête : devenir chef en chef des chefs en obtenant rapidement la Paix. Une « paix honteuse est une paix terrible » dira Victor Hugo.

Au cours des négos, les Allemands, taquins, exigent de pouvoir défiler sur les Champs Elysées le 1er Mars 1871 (une habitude qu’ils auront ensuite un peu de mal à perdre). On déplace à la hâte les canons du champ d’artillerie situé juste à coté, Place Wagram, en « lieu sûr » à Montmartre et la butte Chaumont.

L’opération « let’s récupère » les canons de la butte Montmartre tourne au fiasco

Agacée par des mois de siège et le sentiment très net que la paix est bazardée, Paris est dans une situation quasi insurrectionnelle. Le 18, Thiers lance ces troupes pour récupérer les canons de la butte Montmartre. C’est un fiasco : les soldats qui ne se débinent pas pour aller picoler, font cause commune avec la population. La nouvelle de cette opération de force enflamme une ville déjà chauffée à blanc : les barricades se dressent, la Commune (en référence à celle de 1792) vient de naitre. Elle ne vivra que 71 jours. Première tentative de création d’une République « sociale », elle fait vraiment n’importe quoi : séparation de l’Eglise et de l’Etat, « laïcisation de l’enseignement », reconnaissance de l’égalité des traitements entre hommes et femme. Ces gens sont fous.

Entre temps, Thiers n’écoutant que son courage à deux mains a pris ses jambes à son cou (plantant même femme et enfant) et s’est réfugié à Versailles. Il ne reviendra qu’à l’issue de la « semaine sanglante » fin mai, qui se solde par le plus grand massacre d’unités non combattantes du XIXème siècle (10000 à 30000 victimes) et sa victoire.

Le Seigneur est mon berger mais Dieu est parfois taquin

 

Entre temps, au sein de l’Eglise est née l’idée que si on faisait un chouette cadeau à Dieu (genre une basilique) il serait plus sympa avec la France. Ca tombe bien, le gouvernement qui succède à Thiers aime bien les robes et les goupillons. La « cardiolatrie » (l’amour du cœur de Jésus) est le top du swag : on construira donc une basilique dédiée au Sacré Cœur.

Dés juillet 1873 la future basilique bénéficie d’une loi « d’utilité publique » lui permettant de recourir à l’expropriation. C’est l’outil juridique rêvé pour la construire en un lieu hautement symbolique : sur la butte Montmartre à l’emplacement des « canons du 18 mars » afin de laver la France de cette « furie appelée la Commune ».

Il faut croire que Dieu est taquin car la réalisation de la Basilique prendra près de 50 ans : elle ne sera officiellement consacrée qu’en 1919 et officiellement terminée qu’en 1923 ! Aux problèmes juridiques, techniques (il faut consolider le sol de la butte) et financiers vont s’ajouter ceux causés par une opposition au projet de plus en plus puissante.

La République d’après l’Empire contre attaque !

L’anticléricalisme est en plein développement à la fin du XIXème siècle. En 1885, les opposants au Sacré Cœur obtiennent que la rue qui borde le « haut » de la basilique soit renommée « rue de la Barre ». Cette appellation n’a rien à voir avec les particularités physiques d’Henri IV lorsqu’il rencontrait dans le coin Gabrielle d’Estrées quelques siècles auparavant mais fait référence au Chevalier de la Barre. Ce jeune nobliau torturé, décapité et brulé en 1765 en la charmante ville d’Abbeville pour ne pas s’être découvert au passage d’une procession religieuse. Voltaire en fit le symbole de l’intolérance religieuse.

Pire : en 1897, un comité obtient l’érection d’une statue du Chevalier de la Barre sur le parvis de la basilique. La statue est inaugurée en septembre 1905. Le chaland qui sort benoitement de la messe se retrouve pile poil face au symbole de l’intolérance religieuse. Ce qui est un peu agaçant. La statue restera jusqu’en 1926 avant d’être déplacée un peu plus bas et d’être fondue sous le régime de Vichy.

Aujourd’hui la Basilique reste pour certains le symbole d’un affrontement entre religieux et laïques quelque peu passé de mode (quoique…). Sur son parvis on peut y acheter des Tours Eiffel made in China, des bières, de la drogue et s’y rouler des pelles en regardant la Capitale.

Vision de Batman défendant le Sacré Cœur par un journal anti-clérical (illustration de Ogé, 1902)

Le Sacré Cœur (avec réaménagement partiel de la banlieue Nord), projet non retenu :

En plus d’être très drôle et d’une male beauté qui chavire les cœurs, @dedelajoie -qui a aussi écrit ce texte- organise des ballades guillerettes dans le #Montmartre de naguère, c’est instructif, amusant et gratuit* (mais on peut lui payer à boire après la ballade) ! Tu peux le contacter sur Twitter, sinon, tu laisses un petit commentaire ici, et moi je fais passer. Parce que je suis d’un naturel sympathique.

* Moi je l’ai vraiment fait, et ma mère aussi. Et c’était chouette, et gratuit.

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6 thoughts on “Le Sacré Cœur, histoire d’un symbole quelque peu énervé

  1. L’auteur ne souscrit pas entièrement au texte de présentation qui a été pensée, composé et publier par la proprio du site.
    Surtout qu’elle a oublié de préciser qu’on pouvait faire de supers visites dans Montmartre avec l’auteur. Mais évidement elle n’aura pas écouté.
    #NonMais

      • Absolument ! C’est génial, les recoins, les anecdotes, les blagues pouraves, c’est vraiment une chouette visite ! Je vais rajouter quelques détails sur l’article pour les visites. En attendant, tu peux joindre @dedelajoie sur twitter !

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