Et ton voisin, il est médecin ? Devenir médecin pendant la Révolution (1789-1799)

Salut les malades et les bien-portants, on en a parlé il y a quelques semaines, la médecine aux XVIIème et XVIIIème siècles se met en place à la faculté, les enseignements sont de plus en plus précis, et même si c’est encore un peu le bordel, dans l’ensemble il y a des règles bien précises à respecter pour devenir médecin. Genre, avoir fait 3 ans d’étude de médecine. C’est pas idiot. Il y a même de nombreuses propositions de réformes et d’améliorations.

Bin, avec la Révolution, on oublie tout ça. Bin ouais. N’importe qui peut être médecin, c’est ça la vraie liberté révolutionnaire. Ton tocard de voisin, jardinier de métier, qui a toujours voulu être médecin, bin il peut l’être. Et il peut même utiliser sa fourche et son râteau, on s’en fout !

Bon, je m’emballe un peu. Revenons-en aux faits.

La Révolution supprime les corporations et les facultés

Pour remettre un peu d’ordre dans les affaires, la Loi le Chapelier est promulguée le 17 juin 1791, elle vient supprimer toutes les associations professionnelles en France. Un peu avant, le décret d’Allarde abolit les corporations et permet à quiconque d’exercer le métier qu’il souhaite « Il sera libre à toute personne de faire tel négoce ou d’exercer telle profession, art ou métier qu’elle trouve bon » l’idée c’est vraiment de péter l’unité entre les médecins et d’autoriser tout le monde à exercer librement. Même ceux qui n’y connaissent que dalle à la médecine. À cela, s’ajoute la loi du 18 aout 1792 qui ferme et dissout la faculté de médecine. Le 15 septembre 1793, toutes les facultés et organisations enseignantes sont fermées. C’est-à-dire qu’il n’existe plus aucune formation, c’est la fin de six siècles d’enseignement en France.

L’exercice libre de la médecine

L’université s’effondre, plus rien n’est sous contrôle. Tu es barbier et tu veux être coiffeur ? Soit. Tu es jardinier tu veux être chirurgien ? Pas de problème. À ce rythme, les voleurs vont pouvoir faire de la politique. Revenons à la médecine, il n’est donc plus nécessaire d’avoir un diplôme et d’avoir fait des études pour être médecin, et rapidement, c’est l’anarchie (en plus d’être un carnage pour les malades). Par exemple, les malades fuient les hôpitaux et préfèrent les soins à domicile, qui coutent bien moins chers et qui sont bien moins efficaces puisqu’il s’agit de charlatans et de médoc à base de rien du tout. Du coup, ça râle, de tous les côtés. Quand c’est pas les médecins (diplomés), ce sont les patients. De toute façon, c’est le peuple français ça, toujours bon à râler. Il peut pas faire un truc, il râle, il peut faire un truc, il râle.

« Le public est victime d’une foule d’individus peu instruits qui, de leur autorité, sont érigés en maître de l’art, qui distribuent des remèdes au hasard, et compromettent l’existence de plusieurs milliers de citoyens… O citoyens représentants, la patrie fait entendre ses cris maternels et le Directoire en est l’organe ! C’est bien pour une telle matière qu’il y a urgence : le retard d’un jour est peut-être un arrêt de mort pour plusieurs citoyens ! … Qu’une loi positive astreigne à de longues études, à l’examen d’un jury sévère, celui qui prétend à l’une des professions de l’art de guérir ; que la science et l’habitude soient honorées, mais que l’impéritie et l’ignorance soient contenues ; que des peines publiques effraient la cupidité et répriment des crimes qui ont quelque ressemblance avec l’assassinat ! »

medecin jj

Bon, du coup, les mecs qui s’occupent de la santé publique, Cabanis, de Pine, de Guillotin et de Fourcroy, vont réfléchir à faire une loi assez urgemment.

Tiens les gars, j’ai une idée de génie, on a qu’à créer une école de médecine

Bon, les mecs, ils n’ont rien inventé, ils ont juste remis l’ancien système en un peu différent. Une loi est adoptée le 14 frimaire de l’an III. Mais vu que personne pipe que dalle à ce calendrier, on dira, le 4 décembre 1794.

L’idée c’est de fusionner l’enseignement de la médecine et de la chirurgie et d’établir trois Écoles de Santé (Paris, Montpellier, Strasbourg). Il faut former des médecins de la patrie, des militaires en gros. Désormais, c’est l’enseignement clinique qui est à l’honneur. Il faut s’entraîner et apprendre sur des vrais malades, ceux qui sentent la gangrène et le pus. C’est de Fourcroy qui en est à l’initiative. Les études durent trois ans. Il y a douze matières par écoles, et autant de profs qui peuvent être assistés. S’en suivront quelques dates clefs, mais un peu chiantes que je vais quand même vous énoncer :

  • Le 12 juillet 1796 : Corvisart est recruté comme professeur à l’École de Santé de Paris
  • Le 24 octobre 1796, on change de nom pour l’École de médecine
  • Le 27 juillet 1797, les Écoles de médecines sont intégrées au nouveau système universitaire. Les modalités d’examen sont enfin fixées.
  • Le 17 aout 1797, c’est la création d’une école pratique de dissection pour 120 élèves qui devront passer un concours.

Voilà, l’épisode révolutionnaire de la Révolution. Tout péter pour tout reconstruire, en pareil, presque. Au début du XIXème, les choses vont vraiment s’accélérer, mais je vous en parlerai une autre fois, enfin, si vous voulez. Et en cadeau, découvrez le livre des écarts de la nature, autrement appelé le recueil des monstruosités. Découvrez : l’enfant à deux têtes, l’enfant sans cerveau, les siamois, ça date de 1775, et c’est sur gallica !

tipee baniere

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6 thoughts on “Et ton voisin, il est médecin ? Devenir médecin pendant la Révolution (1789-1799)

  1. Chouette !
    Mais j’aurais aime en savoir plus sur les motivations qui ont pousse des gens equipes d’un cerveau a abolir l’enseignement de la medecine et les certifications.
    Dans ton post on dirait qu’un idiot a dit « et si on faisait n’importe quoi histoire que tout le monde creve dans d’atroces souffrances? » et tous les autres ont dit ah ouais cool. Et du coup le peuple aussi a trouve ca cool.

    Mais je pense qu’il n’y a juste aucune chance que ca se soit passe comme ca, donc quelles etaient les vraies justifications? Les medecins avaient mauvaise presse aupres du nouveu pouvoir et du peuple? Pourquoi?

  2. Ah non, ça n’a pas été fait par un idiot, au contraire.
    Les corporations bloquaient un peu tout, même si tu avais ton diplôme, tu pouvais pas t’installer ou tu le souhaitais. Et puis de fait, les grèves étaient supprimées, et c’est plutôt pratique en période de Révolution.

    En plus les études coûtent de l’argent, pendant 3 ans, tu ne travailles pas, et il faut être amené à se déplacer (ce qui coûte aussi de l’argent) donc tout le monde ne peut pas devenir médecin. C’est alors au nom de la liberté et de l’égalité d’exercer qu’on a supprimé les institutions d’ancien régime. Au même titre que les privilèges.
    Décret d’Allarde : « Il sera libre à toute personne de faire tel négoce ou d’exercer telle profession, art ou métier qu’elle trouve bon ».

    L’idée c’est de détruire l’ancien qui système qui est bourré de privilège. C’est pas con. Or, qu’on le veuille ou non, un diplôme est un privilège, mais un privilège qui sauve des vies. Alors à quelques choses près, on re instaure l’ancien système avec enseignements et diplôme.

    Mais la population n’a jamais été satisfaite de cette réforme, sauf celui qui se démerde pour vendre ses faux medoc et prodigue des soins pouraves, une toute petite minorité, c’est pourquoi il y a eu des discours au Directoire : « Le public est victime d’une foule d’individus peu instruits qui, de leur autorité, sont érigés en maître de l’art, qui distribuent des remèdes au hasard, et compromettent l’existence de plusieurs milliers de citoyens… O citoyens représentants, la patrie fait entendre ses cris maternels et le Directoire en est l’organe ! …. »

  3. Il y a peut être une suspicion a l’égard « des toubibs  » de l’époque qui donne a croire qu’ils empoisonnaient volontairement des gens ?
    C’est tout de même un sacré privilège d’avoir a sa disposition tout un arsenal de poisons raffinés .

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