Les sœurs Papin, elles ne sont pas seulement bonnes, elles sont aussi meurtrières

C’est l’histoire d’une histoire pas drôle.

Le jeudi 2 février 1933, au Mans.

Monsieur Lancelin frétille d’excitation à l’idée de rentrer chez lui pour poser les pieds sous la table. Faut dire qu’il a eu une éreintante journée en tant qu’administrateur des Mutuelles du Mans. La porte est fermée à clef, les boules. Il sonne, il appelle, il re-sonne, il re…. Rien ne se passe. Personne n’ouvre. Cependant, il voit la lumière dans la chambre des bonnes. Véner’ et un peu inquiet que personne ne daigne lui ouvrir la porte, Monsieur Lancelin va alerter la police. Aussi, les deux policiers vont-ils défoncer la porte pour pouvoir entrer, accompagnés du maître de maison.

Papa, t’as pas vu mon œil ?

En entrant dans la pièce, les trois protagonistes découvrent un œil humain dans l’escalier. L’ambiance est bonne.

Par précaution et professionnalisme, les policiers empêchent Monsieur Lancelin de monter à l’étage. Ils y trouvent deux corps horriblement mutilés, allongés au sol. (si tu cliques ici, tu as une photo du crime, mais si t’es sensible ou un enfant, ou les deux, ne clique pas.Pendant ce temps, les bonnes attendent dans leur chambre. L’enquête a révélé que les deux sœurs Papins, bonnes dans cette maison depuis six années, ont sereinement massacré la femme et la fille de Monsieur Lancelin. Ensuite, elles sont allées se doucher parce que le sang ça pègue, et puis elles ont enjambé les corps pour retourner dans leur chambre. Tranquille, quoi.

Le motif ? Un fer à repasser…

C’est vraiment con comme histoire. Christine Papin, sœur ainée, se plaint auprès de sa patronne que le fer a repassé étant défaillant, le plomb a fondu. La maison se retrouve dans le noir complet et le linge reste froissé. D’après les dires des deux sœurs, Madame Lancelin aurait à ce propos bousculé Christine, on peut aisément imaginer la scène :

    •  « Tu m’emmerdes à toujours faire fondre le plomb de cette maison, on va pas vivre dans le noir éternellement ! »
    •  « Vazi, c’est pas ma faute si c’est de la merde ton fer à repasser »
    •  « Qu’est-ce que tu dis qu’c’est de la merde ? »

Un jour je serai dialoguiste, enfin, peut-être. Bref, Christine se jette sur sa patronne. Puis Geneviève se jette sur Christine, puis Lea se jette sur Geneviève. Bref, très bonne ambiance. Christine attrape un pot en étain et frappe la mère pendant que Léa arrache l’œil de Geneviève. Et puis, Léa décide d’aller chercher couteaux et marteaux, parce que quand même, ce sont des outils vachement efficaces. La scène de torture dure une petite vingtaine de minutes. Une broutille pour Madame et Mademoiselle Lancelin dont les corps sont lacérés.

Mais vous êtes fous ? Oh oui. Mais non.

Il paraît impensable que les deux sœurs de 21 et 27 ans aient commis ce crime de sang-froid, des  thèses hystériques ou épileptiques n’ont pourtant rien donné. Elles sont saines d’esprit. L’article 64 du Code Pénal ne peut pas s’appliquer, elles seront jugées.

Article 64 du Code Pénal : Il n’y a ni crime ni délit lorsque le prévenu était en état de démence au temps de l’action, ou lorsqu’il a été contraint par une force à laquelle il n’a pas pu résister.

Lors du procès en cour d’assises, les douze jurés reconnaissent les deux sœurs coupables et sans circonstances atténuantes.

Article 304 du Code Pénal : Le meurtre emportera la peine de mort lorsqu’il aura précédé, accompagné, ou suivi un autre crime ou délit. En tout autre cas, le coupable de meurtre sera puni de la peine des travaux forcés à perpétuité.

Christine est jugée pour double homicide et c’est la peine de mort. (Mais sous la Troisième République, la peine de mort pour les meufs on n’aime pas trop, alors le président Albert Lebrun va la gracier et elle finit sa vie en hôpital psychiatrique après une crise de folie… Cool)  Quant à Léa, jugée seulement responsable du meurtre de Geneviève, la fille du couple, elle est condamnée à 10 ans de travaux forcés.

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